On m’a souvent fait la remarque que c’était de la folie que de voyager seule avec mes enfants. « S’il t’arrivait quelque chose? » « Comment veux-tu profiter pleinement de ton voyage si tu dois t’occuper de trois enfants? » « Comment vas-tu t’y prendre pour vous satisfaire tous; vous n’avez ni le même âge, ni les mêmes centres d’intérêt? »
Des questions que je ne me suis jamais posées, toute heureuse de partager une aventure avec ma fille et mes deux fils. De bébés à jeunes adultes, en passant par l’adolescence avec un écart de cinq ans entre l’aîné et la dernière, je ne compte plus les moments riches, drôles et émouvants que nous avons vécus et qui ont magnifier chacune de nos errances.
Voyager avec des enfants, c’est entrer dans un autre univers, découvrir les choses différemment, se poser des questions insolites et fondamentales, observer les gens avec un autre regard.
Nous sommes sortis sous des pluies battantes au Mexique en dansant et en riant pour consoler les nuages qui pleuraient. En Irlande, quand le vent cessait de souffler, les enfants, qui avaient bien écouté les légendes locales, me pressaient de rentrer car les elfes sortaient de terre et pouvaient nous enlever. A Rome, ils criaient en mettant leur main dans les bouches des fontaines, excités et effrayés qu’elles puissent les mordre. A Bali, ma fille faisait la classe aux singes, Au Maroc mon aîné et un chauffeur de taxi se sont fait écouter leurs musiques raï et rap, tandis qu’en Egypte, mon second échangeait des crayons contre de petits scarabées bleus en terre.
En Afrique du Sud, nous nous sommes assis au bord d’un précipice, les pieds dans le vide pour braver le danger et mieux observer le canyon. De notre séjour à Prague, nous avons retenu les rires et l’émotion de décorer le sapin de boules de coton colorées et de partager les fêtes de Noël dans un orphelinat avec des enfants dont nous ne parlions pas la langue.
Avec eux, j’ai crée des jeux pour rendre un pays, une ville, ludiques. Pour eux, j’ai fait de l’escalade et des vias ferratas en France, sauté dans des cascades en République Dominicaine, fait du dromadaire dans le désert et du mountain bike dans les Alpes. Nous avons campé, dormi chez l’habitant, passé 24h dans des avions et nous sommes fait des amis autour du monde. J’ai appris à ralentir le temps ou au contraire à lever le camp chaque jour pour répondre aux envies des uns et des autres, pour atteindre un coucher de soleil, pour se rapprocher d’un arc en ciel.
Avant chaque voyage, les enfants se projettent, s’imaginent. Pendant l’aventure, ils inventent, créent un contact, s’accrochent à un premier ressenti et l’expérience devient tout autre. Les enfants vont vers les autres. Les ados ou les jeunes adultes attirent l’intérêt des locaux qui aiment discuter avec eux. Le lieu devient alors espace de rencontre. Des années après, lorsqu’ils évoquent un pays où nous sommes allés, ils ne parlent pas des incontournables et Instagramables. Ils se remémorent la volupté, le défi, la sortie en bateau, le chauffeur de bus, le thé à la menthe, les jeunes avec qui ils ont joué sur la plage. Et chaque souvenir est unique, lié à une destination spécifique.
Ce qui les aura marqués? La gentillesse et la générosité de gens qui ont moins qu’eux, les chimpanzés dans un sanctuaire de Jane Goodall, les tortillas confectionnées avec les Mayas, la nouvelle épice, le respect aux anciens, conduire un quad dans la jungle, le silence le matin au bord d’un lac, les médicaments antipaludéens qu’ils devaient prendre dans une boulette de pain pour pouvoir l’avaler. Se lever tôt. Ou tard.
Ce qui me fait continuer à voyager avec eux? Le plaisir et l’aventure partagés, la découverte d’un lieu, d’une culture à travers un prisme autre que le mien, la faculté de tous à nous adapter à la nouveauté, ce que chacun apprend et ce qui nous soude. Ce qui nous construit dans le monde et qui attise notre curiosité pour celui-ci