Je n’aime pas les chaussures.
Je veux dire, je suis heureuse et reconnaissante d’avoir de quoi me protéger les pieds du froid et des sols accidentés, mais je n’aime pas les avoir enfermés, serrés. J’aime en revanche la liberté d’être pieds nus, de sentir le sol, le sable, la roche sous ma peau, de « respirer ».
Un luxe probablement que je peux m’autoriser parce que j’ai le choix d’en porter ou pas.
Au cours de mes voyages, j’ai souvent été interpelée par l’importance du soulier. La place qu’il prenait dans la société, son rôle, sa symbolique.
Chez moi, à Toronto, on lui a dédié un musée très prisé. En France, la ville de Romans est connue pour être la cité de la chaussure et les gens viennent de loin pour y trouver cet objet de convoitise. l’Italie se réclame maître de la chaussure « haute couture » et les grandes marques se disputent le mérite des créations les plus esthétiques, originales ou solides. Les meilleurs danseurs de Tango viennent dans les ateliers Schizzo et Luciano Fontaneto pour y trouver le modèle qui leur fera gagner les concours.
D’autres pays sont également associés à la chaussure: La Hollande avec ses fameux sabots, la Chine pour ses pantoufles brodées xiuhuaxie, le Japon avec les tongs qu’il rend populaires alors que celles-ci existent depuis un millénaire en Egypte… Les touristes achètent et s’en suit un effet de mode.
Ailleurs, le soulier a une portée différente.
Je me souviens lors d’un séjour à l’orphelinat de Ziguinchor, au Sénégal, avoir vu des enfants pleurer car il ne restait plus dans les colis qu’apportaient les bénévoles de sandales en plastique qui les protègeraient des vers et des bactéries dans le sol détrempé en saison de pluie.
A Budapest, je suis restée longtemps à regarder ces paires de chaussures en fonte au bord du Danube, mémorial de l’Holocauste. Quand les prisonniers étaient alignés devant le fleuve pour être exécutés et tomber dans le Danube, il devaient avant retirer leurs souliers, considérés comme une richesse en ces temps de guerre.
Dans les aéroports, par mesure de sécurité, l’accès à bord de l’avion sera refusé à tout passager qui ne porte pas de chaussures, même si celui-ci est malade et a besoin d’un transport d’urgence.
Je ne compte plus les pays où il est d’usage, comme dans la religion islamique à la porte d’un lieu de culte, de retirer ses chaussures avant d’entrer dans une maison pour préserver sa pureté domestique.
Et que dire de cette mode de « lancer de chaussures » aux Etats-Unis qui consiste à lancer sur un fil électrique ou au sommet d’un arbre des chaussures attachées entre elles pour célébrer la fin des cours, une naissance, un mariage ou indiquer un point de vente de drogue…
Objet de mode ou de convoitise, signe de richesse ou bien de première nécessité, la chaussure occupe une place prépondérante dans les cultures du monde, et il m’aura fallu en mesurer l’importance durant mes pérégrinations pour considérer autrement le carcan que je relègue volontiers au fond de mon placard, une fois rentrée chez moi.