A la fenêtre, des visages d’enfants se pressent. Les yeux et la bouche grands ouverts, ils contemplent des enfants de leur âge, et plus grands, vêtus d’un bel uniforme suivre un cours dans une salle de classe.
Soudain un homme surgit et chasse la petite meute avec un balais.
Nous sommes dans un petit village rural en Gambie. Ici, les gens luttent pour manger à leur faim, et pour certains, offrir une éducation à leurs enfants.
Non loin de Kuntaur, Variety Cruises sponsorise une école pour les habitants d’une toute petite commune éloignée de tout. 2 salles de classes, des enfants de tout âge répartis en 2 niveaux de connaissances. On leur enseigne en anglais et en arabe à lire, à écrire, à compter, à parler. Disciplinés, mais non moins enthousiastes, les élèves participent volontiers au cours, répondent aux interrogations de leur professeure, applaudissent une camarade, lorsqu’au tableau, celle-ci trouve la bonne réponse à un problème. Une des enseignantes fait cours, son bébé dans les bras. Elle ne peut se permettre de le faire garder.
La visite protocolaire à laquelle je prends part se poursuit avec les responsables locaux et le chef du village dans un autre bâtiment en terre cuite qui délimite, avec celui contenant les salles de classe et le dispensaire de fournitures, une cour en terre battue, bordée par un arbre.
Je reste sous le porche devant les salles de classe. Les petits chassés reviennent. Ils prennent place autour de moi qui me suis assise pour être à leur hauteur. Je ne parle pas leur langue. Ils ne parlent pas la mienne. Ils attendent avec espoir que je leur partage quelque chose. Je me mets à chanter une comptine en anglais, gestes à l’appui. Sans me quitter des yeux, les enfants participent et m’imitent. En un temps record, tout est retenu: l’air, les mouvements et les mots qu’ils associent à chaque mime que nous faisons. Leurs yeux brillent et les rires fusent. L’excitation secoue la petite troupe.
Je suis émerveillée.
Les élèves en uniforme ont quitté leur salle de classe. Ils ont été appelé pour chanter devant la délégation venue les voir et planifier l’avancement des travaux pour cette école après la saison des pluies.
Je me hâte de faire entrer mes petits complices sans uniformes dans une des salles pour leur offrir le plaisir d’être assis sur ces bancs qu’ils contemplaient du dehors et pour dessiner au tableau. Si certains hésitent à entrer, d’autres laissent éclater leur joie. Ils veulent reprendre la comptine. Apprendre à siffler comme un oiseau (ce que je leur avais montré plus tôt) ou lever le doigt comme ils l’ont vu faire. Ils posent pour un collègue photographe et rient de se voir ensuite sur l’écran de l’appareil. Je me laisse gagner par leur joie contagieuse.
Dehors, la chorale s’est tue. La cour se remplit. Les enfants, comme répondant à un signal invisible, s’enfuient et s’éparpillent. Je les retrouverai un peu plus loin, assis sur un petit muret, pas encore repus de ce rêve que représente l’école où ils ne peuvent aller. Ils retourneront ce soir à leur vagabondage, et, qui sait, peut-être chanteront-ils les couplets et refrains appris aujourd’hui.
Cette journée me laisse pensive. J’appartiens à un monde où les enfants vont à l’école avec réticence, où cette institution leur inspire tout sauf de l’émerveillement et du plaisir. Et je me demande comment pouvoir faire exister cette chance (d’accéder et d’être heureux en cours) à chacun.